Sex-toys /vs/ hommes : le grand remplacement ?

Une réflexion que j’entends très souvent en boutique, et toujours de la part d’hommes cisgenres et hétérosexuels c’est : « Mais si elle achète un sex-toy, elle va me remplacer ! ». Parfois c’est dit avec un petit sourire au coin des lèvres, parfois les yeux pleins de panique, parfois les mains sur les hanches et les couilles en avant… Mais quel que soit le mec, le fond reste le même : les sex-toys pour leur partenaire, ça les stresse.
Ca revient tellement souvent, de tellement de façons différentes, mais toujours avec la même question sous-jacente, que je me suis demandé pourquoi on retrouvait cette interrogation de façon quasi-systématique.
A mon avis, le malaise des hommes cis hétéros face aux sex-toys, c’est représentatif d’un souci global de la perception de la virilité et de la sexualité masculine.

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(BTW je me concentrerais ici sur les hommes, cis, hétérosexuels)

Le Pénicentrisme

Face à des jouets phalliques, ce qu’il faut entendre n’est pas seulement « est-ce que ça va me remplacer », mais également « est-ce que ça va remplacer ma bite ? ». Le glissement entre ces deux questions est assez fascinant, on sent bien l’inquiétude : si quelque chose peut remplacer ma bite, alors il me remplace tout entier. L’homme, inconsciemment sans doute, se résume à son pénis…et c’est triste.
Je veux dire, quand ta meuf achète un plaid, tu n’angoisses pas sur le fait que « Oh mon dieu ça va l’entourer et lui tenir chaud quand elle bingewatche Grace & Frankie, CA VA ME REMPLACER ! »… (si c’est le cas, désolée mais tu as un sérieux problème).
Si le sex-toy est si menaçant pour eux, c’est qu’il s’inscrit dans leur sexualité (et pas seulement dans leur capacité à tenir chaud).

Malheureusement, aujourd’hui encore, le sexe hétéro cis se résume trop souvent à la notion de pénétration. La preuve, on parle de préliminaires pour désigner tout ce qui n’est pas pénis-dans-vagin. Et si on en croit la définition du mot, préliminaires = qui précède, prépare une autre chose considérée comme plus essentielle, plus importante (tapes le mot dans Google si tu me crois pas, tu verras).
Donc si je résume : l’acte sexuel n’est complet et réussi que si le vagin est pénétré par un pénis. Alors forcément, quand tu ramènes à la maison un objet qui ressemble à une bite, qui fait la taille d’une bite, et qui en plus vibre et tourne et ne se fatigue jamais, le mec de base se sent menacé. Si un objet vient concurrencer sa capacité de pénétration, alors ça le disqualifie au sein du couple.
C’est complètement crétin, par ce que le sexe et le plaisir sont loin de se résumer à la pénétration. Et ce que le sex-toy n’a pas, ce sont des bras, des mains, une langue et la capacité de faire des câlins, de coller des fessées ou de mettre en scène des fantasmes.

Tout ça se résume finalement à quelque chose de très simple : Messieurs, vous n’êtes pas qu’une bite, et c’est loin d’être le seul outil que vous ayez pour faire du bien à vos partenaires. C’est fou qu’il faille si souvent le rappeler.

La valeur de l’homme corrélée à sa capacité à faire jouir

Le truc fou, c’est que beaucoup d’hommes stressent également face à des jouets non phalliques, genre galet vibrant ou Womanizer. Et là, d’un coup, ça invalide ma théorie de la bite. Mince alors.
Du coup j’ai un peu réfléchi… C’est quoi être un homme, un vrai ? Mis à part boire des bières, ne pas pleurer devant Bambi et ne pas porter de parfum fleuri ?
… C’est être un bon coup et faire jouir sa partenaire.
Etre viril, c’est être performant. Et être performant, c’est avoir une grosse bite qui reste en érection longtemps (cf point précédent). Et ouais, du coup, on tourne en rond.
Alors pour être un vrai mec viril qui sent le chrome et le cambouis, il faut être l’instigateur de l’orgasme.
Et se sentir mal, voir refuser que ladite partenaire se serve d’un sex-toy, bah désolé, mais c’est impliquer que la femme doive jouir uniquement avec et grâce à son partenaire. On pourrait dire que l’homme à le monopole de l’orgasme légitime, c’est lui et lui seul qui procure le plaisir.

Bon alors déjà, ça dénie complètement la capacité des femmes à se faire jouir seules, et pourtant, on se masturbe aussi. C’est une expérience entre soi et soi, qui ne se compare en rien avec ce que l’on peut ressentir avec un (une) partenaire.
La sexualité, c’est un savant mix entre de la plomberie (= des réalités anatomiques) et le cerveau (= des fantasmes, des leviers d’excitation, voire des sentiments). Le sex-toy est peu porteur de fantasme, il n’est excitant que par le plaisir qu’il peut nous offrir. Un (une) partenaire, c’est  différent : il s’ajoute au réactions purement physiologiques tout ce que l’on projette dessus, tout ce qu’iel peut faire. Iel est objet de désir.
Avec le sex-toy, l’orgasme est mécanique. Avec lela partenaire, on quitte le machinal et on s’engage dans le plaisir érotique, celui qui explore les chemins de traverse pour arriver à l’orgasme…ou pas (et ou même sans jouir, on peut ressentir beaucoup de plaisir).

Le deuxième problème, c’est que ça place la femme dans une posture passive : elle attend qu’on la fasse jouir. Alors qu’on ne peut pas attendre qu’un (une) partenaire nous comble, sans avoir préalablement exploré son corps et ses sensations. La femme est actrice de son propre plaisir, elle n’est pas dans l’attente.

Du coup, on remplace ou pas ?

Et bien non, on ne remplace pas : on cumule.
Est-ce que l’invention de la calculette à tué les mathématiciens ? Non, elle leur à juste fourni de nouvelles possibilités. Le sex-toy va-t-il remplacer l’homme ? Pas du tout. Il va juste apporter des potentialités nouvelles dans la sexualité et la recherche du plaisir. Nouveaux scénarios, nouvelles sensations, c’est tout un champ des possibles qui s’ouvre.

Alors si on se base sur des critères purement objectifs de taille, de performance, de vibrations et compagnie…désolée les mecs, vous ne pourrez jamais faire le poids. Mais vous savez quoi ? La bonne nouvelle, c’est que ça ne sont pas ces critères là qui comptent dans une sexualité épanouie. Et par ce que le sex-toy offre tout un tas de possibilités,  il  peut aider à libérer la sexualité masculine : enfin arrêter de complexer sur la taille de sa bite et s’affranchir de la notion de performance.
Pilonner, c’est mécanique, on peut complètement le reproduire avec un objet. Mais l’érotisme, le désir et la sensualité, c’est quelque chose qu’on ne pourra jamais mécaniser.

Photo par Stéphanie Sarley

5 commentaires sur “Sex-toys /vs/ hommes : le grand remplacement ?

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  1. Je pense que j’ai eu à peu près la même pensée quand j’ai entendu parler des robots sexuels hyper réaliste :/ Bon, après, c’est pas une obsession pour moi, mais ton billet nourrit quand même une réflexion. Je pense qu’en plus de tout ce qu’il y a autour du sexe, du fantasme, y a quand même une part de nous qui aime désirer et être désiré. Bref. Super poste, et écrit comme toujours avec ton ton grinçant comme on l’adore 😛
    Je lisais ton blog sur le make up, mais j’avais perdu ta trace. Je suis trop contente de voir que tu écris toujours 😀

    J'aime

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